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ÉDITION N°31 - Mercredi 5 Septembre 2018
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Fabien Bouduban: un pilote de génie

Automobilisme - Courses de côte

Même s’il a, depuis tout gosse, été passionné par des courses de voitures et de motos, Fabien Bouduban, natif de Court, habitant Belprahon, s’est découvert sur le tard une véritable vocation de pilote de courses de côte dans la catégorie reine. N’empêche que maintenant, il se permet de tutoyer les meilleurs coureurs du monde. Il s’est illustré dernièrement aux Rangiers en se classant deuxième Suisse et premier régional, mais sa véritable performance est à chercher du côté des USA, dans le Colorado, à la fameuse Pikes Peak, l’une des courses les plus mythiques et plus difficiles du monde. Imaginez un parcours qui démarre à 2865 m d’altitude pour se terminer à 4302 m et qui comporte 156 virages, sans sécurité, où il signe le 4e meilleur temps.

Barbe fournie, regard clair, verbe précis et d’abord sympa, le solide gaillard de 46 ans est né à Court où il a fait ses classes primaires, puis secondaires à Malleray. Il enchaîne avec l’école des métiers à St-Imier, le Tech, comme on disait à l’époque. Il en ressort ingénieur ETS (HES) en microtechnique puis travaille chez son père, Gilbert, dans son usine de décolletage (Tectri) qui produit, entre autres, des implants médicaux pour la colonne vertébrale. Il se montre précurseur avec des techniques nouvelles comme le sont l’usinage laser ou des machines de contrôle avec acquisition d’images. Leurs pièces sont exportées dans le monde entier. Il part ensuite une année en Allemagne pour se familiariser avec la langue de Goethe et reprend la boîte familiale en 2004. Il a une sœur Marie-Christine, qui dirige une entreprise d’instruments de mesures et un frère, Pascal, dentiste en Valais. Domicilié à Belprahon, mais toujours Courtisan de cœur, Fabien a 3 enfants: Pavel, 25 ans, Alice, 17 ans et Lisa, 14 ans.

Usine en flammes


On se souvient de ce fameux 23 juin 2017 quand l’usine Tectri part en flammes, détruisant l’outil de production. Par chance, des locaux se libèrent à Bévilard ce qui permet de reprendre un fonctionnement assez rapide et ainsi de pouvoir poursuivre les livraisons. Pour l’anecdote, Fabien Bouduban nous raconte les priorités des représentants de l’Etat bernois, arrivés une heure à peine après le début du feu, qui ont ordonné de protéger les truites du ruisseau tout proche, alors que pompiers et employés essayaient de sauver ce qui pouvait l’être encore! Et papa Gilbert, 77 ans qui espérait prendre enfin une retraite bien méritée continue de bosser!

Virus des sports motorisés


S’il n’a pas eu de vie associative intense, Fabien n’en soutient pas moins de nombreuses sociétés locales et régionales par un sponsoring apprécié. Depuis gamin, il est passionné par les voitures de sport et les motos et s’est montré spectateur assidu aux différentes courses régionales, telle que Les Rangiers, le Critérium jurassien ou le rallye de Court qui passait devant chez lui. C’est plus tard, lors d’une de ces compétitions, qu’il fait la connaissance de Jean-Jacques Maître, de Develier, qui lui donne le virus de la conduite et qu’il passe sa licence. Il se souvient de sa première course, le week-end de ses 40 ans, en 2012, au Col St-Pierre, dans le Gard. Une course difficile à mémoriser avec une participation relevée qui compte pour le championnat d’Europe. Puis il enchaîne avec Les Rangiers, une course exigeante que beaucoup de pilotes renoncent à faire. Son but: arriver en haut, sans casse avec son proto Norma 2 litres.

Un champion en devenir


Puis il participera à des compétitions - toujours des courses de côte de 2 à 5 km - en participant au championnat de France avec son pote de Develier de manière assidue mais aussi astreignante. Il part avec son bus, sa remorque chargée de la voiture; le mécano, c’est lui-même. Puis viendra la course des Rangiers en 2015 sous une pluie battante, et il adore ça. Il se retrouve au niveau des meilleurs pilotes et fait la connaissance de Simone Faggioli, grosse référence, 10 fois champion d’Europe et 12 fois champion d’Italie. Le courant passe bien et le transalpin lui propose de rejoindre son équipe pour le championnat d’Europe, ce qui lui réussit: il termine au 6e rang en 2016 pour sa première participation. Mais avec l’incendie de son entreprise, il doit un peu lever le pied la saison suivante.

Le défi Pikes Peak


C’est une des courses parmi les plus réputées et dangereuses du monde qui se déroule dans un environnement hostile, sans sécurité, où toute sortie de route est ou peut être fatale, des précipices impressionnants la bordant. La Pikes Peak International Hill Climb, dans le Colorado, a lieu dans une réserve nationale parmi les plus visitée d’Amérique. Elle est la 2e plus vieille course de côte des USA, la première ayant eu lieu en 1916. Elle est considérée comme plus difficile que le Paris-Dakar selon certains pilotes et suscite un engouement exceptionnel. La course est relayée en direct pour 10 millions de spectateurs et 80 millions la suivent au niveau des différents médias. Les gens s’y intéressent et connaissent tout sur les pilotes.
Le jour de la course, plus de 150’000 personnes se rendent sur les lieux. C’est ainsi que Fabien a signé moult autographes et avec son 4e temps toutes catégories confondues, il est devenu une véritable star sur place. Cette compétition fait le buzz non seulement aux USA, mais aussi en Chine et au Japon. Cette course de dingues à laquelle peu d’Européens participent se déroule sur 19,93 km, la plus longue des courses de côte, qui comporte 156 virages. Le départ est donné à 2865 m et se termine à 4302 m. A cette altitude, non seulement les mécaniques souffrent, mais les pilotes aussi, et ils ont besoin d’assistance respiratoire pour gérer les efforts et le stress de la «course des nuages», comme elle est surnommée. Les essais ne se déroulent que sur de courtes distances qui sont qualificatives et permettent de bien se placer, en début de parcours. Il précise que la course est un combat contre la montagne et pas seulement contre le chrono. Et comme la compétition se déroule dans un parc national, il faut se lever à une heure du matin, attendre plus de deux heures à l’entrée pour avoir la meilleure place dans les paddocks et procéder aux essais dès le lever du jour. A huit heures trente, c’est la fin des essais et il faut quitter le parc pour faire place à la nuée de visiteurs. Les nuits de sommeil sont courtes, en pensant qu’il faut encore dans la journée procéder aux réglages, tests et analyses des moteurs, altitude oblige, en compagnie des mécanos et responsables d’écurie. Et c’est seulement le jour de la course, le 24 juin cette année, que les concurrents peuvent faire l’entièreté du tracé. Précisons encore que beaucoup n’arrivent pas en haut, les mécaniques étant trop sollicitées, toujours à fond. Mais pas de problèmes pour Fabien Bouduban et son coéquipier Simone Faggioli qui lui, a réalisé le deuxième temps. Précisons encore que le record pour les voitures à deux motrices appartient à un certain Sébastien Loeb, réalisé en 2013. C’est un autre français, Romain Dumas, déjà vainqueur en 2014, 2016 et 2017 qui l’a battu cette année de 16 secondes, montant en moins de huit minutes, mais avec un prototype électrique de Volkswagen, avec 4 roues motrices, donc un véhicule qui a moins de contraintes techniques que les voitures thermiques.

Made in «bien de chez nous»!


Fabien Bouduban, seul représentant suisse, a donc terminé son cursus à la 4e place. Après 15 km, il avait 11 secondes d’avance sur le 3e, mais a du lever le pied pour ménager son bolide et être sûr d’arriver en haut. Sa voiture, ainsi que celle de Simone Fraggioli sont des Norma de 3,8 litres, biturbo de 800 chevaux. Le moteur a été conçu à Lajoux, dans les locaux de TFTech qui a dû résoudre des équations avec de nombreuses inconnues. Un défi relevé avec Tectri qui a réalisé plusieurs composants. «Un beau concentré de techniques de l’Arc jurassien», précise-t-il. Une telle aventure se gère comme une petite entreprise. C’est avec les nombreux enseignements récoltés que l’entrepreneur tentera de résoudre les divers problèmes pour améliorer une éventuelle nouvelle participation en 2019 ou 2020. Passion, quand tu nous tiens…

Claude Gigandet


Video avec camera embraquée à voir sur Youtube «Pikes Peak Bouduban»