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ÉDITION N°5 - Mercredi 7 Février 2018
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Dans l’univers d’Olivier Kohler

Domicilié à La Chaux-de-Fonds, le journaliste Olivier Kohler a passablement roulé sa bosse dans le métier avant d’entrer à la rubrique internationale du TJ. Passionné par sa profession, il évoque ses différentes expériences vécues dans des pays en guerre ces dernières années. Rencontre avec un journaliste humble et attachant qui sait garder la tête froide dans les moments chauds. (photo Alain Margot)

Journalisme – Olivier Kohler

Exercer le métier de journaliste sans passion, c’est comme voir un jour Roger Federer sans sa raquette: impensable. La meilleure manière d’étayer cette théorie, c’est de s’entretenir avec Olivier Kohler, journaliste et reporter de guerre qui a exploré tous les terrains avant de relater les conflits internationaux. Domicilié à La Chaux-de-Fonds, le frère de l’humoriste Vincent Kohler a aimablement répondu à nos questions lors d’un entretien marqué par le franc-parler et l’humilité d’un interlocuteur qu’on écouterait pendant des heures ouvrir son cœur. Pardon, son grand cœur…

Alors qu’il était âgé de dix ans, plutôt que de savourer le délicieux repas de midi cuisiné par sa maman, Olivier Kohler mettait son assiette de côté pour dévorer la presse quotidienne ou regarder les journaux télévisés. A chacun son festin, son destin… Vous l’avez déjà compris: le journalisme est une véritable vocation pour ce Neuchâtelois du Haut qui a fait ses débuts dans le métier au journal… «L’Impartial», bien sûr. Son premier article est consacré aux Brigades internationales. «C’était encore la grande époque du journal, avec des plumes et des personnalités très marquantes. Quand nous sortions du Cercle français pour voir les rotatives tourner, et qu’on découvrait au petit matin le journal qui sentait encore l’encre. C’était un moment magique», raconte-t-il, nostalgique d’une époque révolue.

La passion du terrain


Après des études en lettres et en histoire à l’Université de Neuchâtel, Olivier Kohler entame son stage de journaliste au Nouveau Quotidien, dirigé alors par Jacques Pilet: «C’était un laboratoire de la presse romande. Une fabuleuse école de journalisme.» Il fait ses débuts dans le bureau dédié à l’Arc jurassien, sous le regard attentif de Ludovic Rocchi. «Nous avions pour mission de sortir un article par jour sous la forme d’une enquête ou d’un portrait.» A l’époque déjà, Olivier Kohler en pinçait pour le journalisme de terrain qu’il préférait nettement au traitement des dépêches, par exemple.
Etre confortablement installé sur une chaise de bureau, ce n’est pas sa vision du métier. Il aime l’aventure, celle qui procure des émotions, des montées d’adrénaline, des coups de cœur, des frayeurs et des coups de gueule aussi. «J’ai le sentiment que le journalisme d’aujourd’hui n’est plus assez critique et ne joue plus son rôle fondamental de contre-pouvoir. Trop angélique et pas assez percutant. C’est une phase critique pour les médias. Mais d’autres modèles émergent et une véritable révolution est en marche.»
Alors qu’il travaillait toujours au Nouveau Quotidien, Olivier Kohler a orienté sa carrière à la rubrique internationale au début des années 1990 quand le conflit battait son plein en ex-Yougoslavie. La technologie de l’époque était à des années-lumière de celle que nous connaissons aujourd’hui. Lorsque son vieux «Toshiba» tombait en panne à Vukovar, le Neuchâtelois n’avait plus d’autre solution que celle de dicter son article au téléphone. C’est aussi grâce à son côté débrouillard qu’il sait garder la tête froide dans les moments chauds.
Avant d’entrer à la TSR, en 1998, Olivier Kohler a encore connu l’épisode douloureux de la fusion du NQ avec le Journal de Genève, qui déboucha sur des licenciements: «C’était à la fois un projet captivant, assez compliqué de faire monter la mayonnaise lorsqu’on marie deux rédactions qui n’ont pas la même culture», confie-t-il.

Ne pas montrer sa peur!


Après une expérience au journal Le Temps, il a été approché par la TSR, qui souhaitait rajeunir la rédaction du TJ. «C’était une immense chance de pouvoir relever un tel défi à l’âge de 26 ans», poursuit-il. Son statut de grand reporter dans les pays en guerre comporte évidemment certains risques: «Tout va parfois très vite. Il m’est arrivé de me trouver dans un secteur d’apparence très calme, comme en Libye et en Centrafrique, avant de voir la situation basculer en une fraction de seconde. Dans ce métier, le risque zéro n’existe pas. La règle d’or, quand ton intégrité physique est menacée, c’est de ne pas montrer que tu as peur même si tu es mort de trouille.» Plus facile à dire qu’à faire…
Olivier Kohler précise encore qu’il ne porte jamais de gilet pare-balles: «Je suis un journaliste, pas un combattant!», s’exclame-t-il. «Pour me protéger, il faut savoir s’entourer, jauger les risques. Je m’assure toujours d’obtenir le feu vert de personnes se trouvant en bonne position hiérarchique avant de m’aventurer sur un terrain miné.»

Violence traumatisante


De l’éclatement de l’ex-Yougoslavie au Printemps arabe, en passant par la Corée du Nord, le Darfour, l’Ukraine, la Syrie, l’Irak, et une cinquantaine de pays du globe…: Olivier Kohler a multiplié les expériences risquées depuis le début de sa carrière internationale au TJ. Un parcours récompensé en 2009 par le Prix Nicolas Bouvier. Certaines scènes de violence étaient traumatisantes au point de modifier sa manière de s’alimenter. Il faut donc avoir le cœur plutôt bien accroché pour exercer la profession de journaliste de guerre. Cela dit, il serait faux de croire que sa carte de visite journalistique à la TV se limite à des conflits internationaux. «J’ai aussi travaillé pour d’autres émissions comme «Temps Présent», «Mise au Point» et «Les Coulisses de l’événement». Je garde également un excellent souvenir de mon passage à Berne au Palais fédéral.» Son parcours de journaliste est également jalonné par des rencontres inoubliables avec des personnalités issues du sport, de la politique, de l’économie, du cinéma et de la chanson. On citera en vrac le footballeur camerounais Roger Milla qu’il a rencontré par hasard dans un wagon-restaurant, au retour de Genève; Nicolas Sarkozy qui s’est montré très coopérant dans les rues d’Evian: «Comme c’était un gros client, j’appréhendais de l’aborder de peur de balbutier ma question. Contre toute attente, il m’a répondu avec une touche d’humour en disant que la Suisse était le seul pays capable de confier la présidence de la Confédération à une hôtesse de l’air en faisant référence à Ruth Metzler.» Olivier Kohler garde également un souvenir lumineux et ému des interviews réalisés avec l’acteur Michel Serrault et l’artiste Charlotte Gainsbourg. On ne peut raisonnablement pas présenter Olivier Kohler en passant sous silence son admiration sans borne pour l’Italie: «Je suis fan de ce pays pour sa cuisine, sa culture, son football et son histoire politique.» Sans doute sa prochaine destination de reportage, pour couvrir les élections italiennes.

Ses racines, c’est sacré!


Marié et père d’un garçon, Olivier Kohler est resté très attaché à la ville de La Chaux-de-Fonds, mais également au village de Renan où son arrière-grand-père tenait une boulangerie: «C’est là que j’ai passé mes vacances d’enfance. Des souvenirs très marquants. J’allais à la pêche à l’écrevisse…» A un saut de puce de l’endroit du même nom… Olivier Kohler a également tissé des liens amicaux avec de nombreux collègues journaliste, dont Alain Rebetez, Abraham Zysiadis, Arnaud Bédat et Xavier Colin, son mentor à la télévision.
Proche des gens, fasciné par les contacts humains, empreint de modestie, Olivier Kohler a gravi tous les échelons de la hiérarchie du journalisme en veillant toujours à bichonner ses réseaux. Pour percer dans ce métier, chaque maillon de la chaîne est important. Qu’on s’occupe de la rubrique des faits divers ou du Festival de Cannes, tous les sujets méritent d’être traités avec la même attention, passion et rigueur. En appliquant cette philosophie, on ne peut que s’ouvrir des perspectives intéressantes et enrichissantes. Ce n’est pas Olivier Kohler qui prétendra le contraire…

Olivier Odiet