– Aurore, que représente le football pour vous ?
– C’est une passion depuis que je suis toute petite. Il y a vingt-cinq ans, j’ai fait mes juniors au FC Moutier. Je regarde l’Euro, et bien sûr la Coupe du monde… Je suis en premier lieu pour l’Espagne, compte tenu de mes racines (elle sourit). Mais je regarde aussi la Ligue des Champions, les matchs du Real Madrid et de l’Olympique de Marseille. Je ne regarde pas toutes ces rencontres comme la plupart des fans ; je les analyse, ce sont autant d’enseignements pour moi. En période estivale, chez nous, je vais tout le temps au stade, je ne loupe pas un match du FC Moutier. J’entraînais les juniors jusqu’à ce qu’on m’ait nommée présidente.
– Quelle a été la démarche de ceux qui vous ont nommée à la tête du club ?
– D’abord il faut être passionné de football pour devenir président, c’est clair. Cet engagement représente un temps d’investissement considérable. La plupart des gens pensent qu’il s’agit d’une tâche un peu symbolique, alors qu’en vérité, ce mandat exige un engagement total, surtout au sein d’un club relativement grand comme le FC Moutier… qui incorpore du petit enfant de 5 ans jusqu’aux vétérans qui ont la cinquantaine ou plus. Cela dit, je suis une personne qui aime beaucoup les défis, qui aime apprendre, et cet aspect de ma personnalité a aidé à arrêter le choix des responsables. Et aussi le fait que je suis une personne positive qui aime aller de l’avant – j’ai toujours des idées, je suis un peu une meneuse. Et je suis jeune, j’ai 34 ans. J’imagine que je vais rester à ce poste longtemps.
– Comment se passe l’élection du président ?
– Le comité central auditionne les candidats, et ensuite il présente leur choix à l’Assemblée générale. C’est cette dernière qui vote.
– Qu’avez-vous ressenti lorsque l’assemblée vous a élue, le 26 septembre ?
– Une grande fierté. Le FC Moutier est mon club de cœur, celui de toujours. En plus je devenais la première femme aux commandes du club. J’ai ressenti de la gratitude envers les membres qui m’accordaient leur confiance. En un mot, c’est un honneur.
– Le démarrage n’a pas été facile. Vous m’avez dit en « off » que les médias ne sont pas votre tasse de thé.
– Oui. Au tout début, le contact avec la presse a été compliqué pour moi, parce que je n’aime pas me retrouver sur le devant de la scène. Je préfère être le petit travailleur de l’ombre. Il ne faut pas se mentir, le FC Moutier est un grand club : les premiers mois, mon emploi du temps s’est résumé à accumuler des dizaines d’infos. Auparavant, quand j’étais coach, je ne me doutais pas p.ex. que le Comité central se réunit deux fois par mois. Je ne connaissais pas les mécanismes de la Commission des finances, de la technique, etc., ni le lien entre eux. Le président ne doit pas se mêler de tout, mais il doit être au courant de tout, avoir une vue d’ensemble précise. Quand j’ai entamé la présidence, les médias m’ont tout de suite contactée, alors que je n’étais pas prête. C’était compliqué. Mais là j’ai déjà pris mes marques.
– Est-ce que les résultats obtenus par les joueurs dépendent des qualités humaines et professionnelles du président ? Et si oui, dans quelle mesure ?
– Je ne crois pas que les résultats soient directement liés à la personnalité du président ou de la présidente. Après tout, ce n’est pas lui ou elle qui court sur le terrain. Cela dit, je pense que c’est agréable pour les joueurs de savoir que leur président est derrière, qu’il les suit et assiste aux matchs d’un œil éclairé, expérimenté. Un président positif qui cherche des solutions quand il y a des problèmes, et qui croit en eux lorsque se présentent des défis de taille est un soutien mental non négligeable. Bon, après, ce n’est pas parce que j’assiste à un match qu’on va gagner, hein, ce serait trop facile ! (rires)
– Quelle est la situation du FC Moutier aujourd’hui, juste avant la reprise du championnat ?
– Notre club se trouve en 2e ligue régionale. Et notre objectif indiscutable est de remonter en 2e ligue Inter, là où nous étions avant la saison 2021-2022.
– Est-ce que la pandémie a quelque chose à voir dans cette régression ?
– Indirectement oui, parce qu’avant le Covid-19, on était aux avant-postes au classement, et la possibilité de finir premier du championnat était bien réelle. Soudain la pandémie a fait que le championnat s’arrête, et financièrement, c’est devenu compliqué. Si les finances ne suivent pas, il est difficile de viser plus haut. Aujourd’hui, le FC Moutier est en restructuration, avec majoritairement des joueurs régionaux, et un nouvel entraîneur. Certains d’entre eux viennent du Jura bernois, d’autres du Jura, d’autres encore d’un peu plus loin.
– Qui sélectionne les joueurs ?
– Le directeur technique. Il va inspecter des matchs pour repérer les joueurs intéressants appartenant à d’autres clubs. Après, il contacte les joueurs qui l’intéressent et la discussion s’engage. Au besoin, le comité central le soutiendra pour l’aider à négocier ou à faire les bons choix.
– Combien de temps le FC Moutier mettra-t-il à remonter en 2e ligue inter ?
– Il faut être patient. Nous mettrons bien deux ou trois ans avant d’y arriver. Un club est comme une entreprise : vous ne pouvez pas démarrer et espérer vous retrouver en bonne place du jour au lendemain.
Propos recueillis par Pablo Davila
